Il y a deux ingrédient principaux dans l’écriture d’un film documentaire: L’intention et le scénario. Les deux sont imbriqués. Dans cet article je vous explique comment ils s’articulent et pourquoi, comme dans la vraie vie, il faut travailler l’intention.

L’histoire et la vraie vie.

Nous aimons les histoires, les écouter et les raconter. Elles mettent dans nos vies du sens, des couleurs, des visages, des sentiments, de la mémoire, des résolutions, des objectifs, de la résignation, des valeurs… Elles sont plus ou moins vraies et construites… normal, ce sont des histoires…

Dans le concret de la vie, tout semble compliqué, tout se mélange, le moindre détail fait tout dévier… dans l’espace tellement vaste de la vraie vie, l’histoire n’est pas toujours évidente… et pourtant les histoires qu’on se raconte nous aident à vivre. Elles sont indispensables.

Pourquoi nous avons besoin des histoires ?

Principalement pour rendre visible, pour nous-même et pour les autres, des choses invisibles qui nous permettent d’avancer. Nous voulons voir, à travers la multitude des petits obstacles qui se dressent sur notre chemin, la direction, le sens, le but, pour nous-même et pour les autres. Des choses bien réelles mais pas toujours faciles à expliquer ou exprimer mais qui sont importantes pour nous.

Nous avons besoin d’une histoire pour nous situer, exister aux yeux des autres, expliquer, comprendre, simplifier, résumer, unifier, se rappeler ou oublier. Pour motiver nos efforts, nos choix et les partager. Pour transmettre… captiver et rassembler ou séparer… Pour se distraire aussi, attendre et passer le temps… Pour avancer…

Tout se raconte:

  • Un parcours professionnel
  • Une amitié
  • Les aléas de la vie
  • Les nouvelles
  • Des souvenirs
  • Un évènement douloureux
  • Une réussite…

Tout fait référence à une histoire:

  • Une carte de voeux
  • Un proverbe
  • Un album photo
  • Un bon livre
  • Le titre d’un film
  • Une association
  • Une entreprise
  • Une maison
  • Un visage
  • Un nom…

Il y a plein de choses “visibles” dans une histoire (Ce que nos sens perçoivent)

  • Des lieux
  • Des personnes
  • des émotions
  • des paroles
  • des couleurs
  • des actions
  • Le temps qui passe…

Et des choses moins visibles (Ce que nous cherchons à découvrir, ce qui n’est pas dit…)

  • Les sentiments
  • Le sens des évènements
  • Le passé
  • Le futur
  • Les motivations
  • Les objectifs
  • La manière de faire
  • L’intention de celui qui raconte…

L’intention invisible.

Nous nous embarquons très facilement dans les méandres d’une histoire, sans nous préoccuper de ce qui la guide, mais une intention est bien là: atteindre un objectif, régler des comptes, imposer, faire exister, rassurer, comprendre, apprendre, soulager, renverser, évacuer, changer, détruire, discréditer, masquer, clarifier, alerter, informer, mettre en valeur, inspirer, motiver, transmettre, expliquer, faire plaisir, distraire… C’est l’intention qui est le véritable moteur de l’histoire.

L’intention de celui qui raconte, le fil rouge, le but qu’il cherche à atteindre avec nous, fait avancer l’histoire.

L’intention de l’auteur, dans un film documentaire, oriente tous les choix, mais à la différence d’un film de fiction, elle va se confronter au réel et aux point de vue des “autres” et l’histoire “concrète” va se nourrir de cette rencontre en permanence jusqu’à l’achèvement du film.

Pour simplifier: Le moteur de l’histoire, c’est ce qu’il y a dans l’estomac… ou le coeur… de l’auteur… et du public.

A quoi sert le scénario ?

Un scénario permet de rassembler les ingrédients de la vraie vie: Des personnages, des sentiments, des circonstances, des actions, des lieux, le temps qui passe… C’est la partie visible, concrète, immédiatement sensible, de l’histoire qui se raconte. C’est le cadre de l’action, l’espace dans lequel, en tant que spectateur, nous pouvons facilement et immédiatement nous situer et aussi le temps qui se déroule. L’auteur nous prend par la main grâce au scénario. Nous voulons savoir la suite de l’histoire, alors il nous amène où il veut.

En fait, dans le scénario, l’intention de l’auteur s’exprime dans un jeu d’intrigue, d’images, de personnages, dans une succession d’instants et de surprises…

Dans un film documentaire, le scénario n’est pas imaginaire. Il doit coller le plus possible au réel de la vie des gens. Pour cette raison, il n’est pas figé et va bouger jusqu’à l’achèvement du film, car le réalisateur, sans cesse, cherche la manière dont il va raconter concrètement.

Dans la rencontre du réel, le scénario bouge, se transforme, mais avance, grâce à l’intention de l’auteur.

Le film documentaire imagine le réel en cherchant a en être une image… mais reste toujours un message subjectif… Il n’a pas d’autre prétention.

La conscience du réel.

Le film documentaire, image du réel, va chercher à rendre visible la partie invisible du réel en la racontant.

On pourrait élargir ce processus à tout message, de la pièce de théâtre à la poésie, en passant par l’email… et par excellence, la parole humaine qui exprime et dévoile un univers intentionnel, avec quelques mots… Il reste toujours une grande part d’invisible qui se laisse deviner. Ce “hors champ” toujours bien plus conséquent… qui fait la beauté d’une phrase, d’un geste… qui permet le dialogue comme une respiration vitale qui inspire et expire le réel.

On pourrait comparer le réel à un iceberg, avec une partie visible et une partie immergée non visible, bien plus importante.

La partie visible serait la conscience individuelle et l’espace réduit de notre mémoire dans l’instant présent, fragile, qui s’offre à notre liberté comme un moment favorable pour la rencontre et pour agir.

La partie immergée non visible serait tout le vécu humain, l’expérience riche et diverse accumulée au fil des siècles, cet espace tellement large et complexe ou tout s’imbrique et bouge et l’immense avenir possible…

Notre conscience du réel et des autres nous permet d’avancer, même si ce réel reste en grande partie “hors champ”. C’est de l’espace et du temps à traverser, de l’air à respirer, des rencontres à faire… des aventures à vivre…

C’est parce que nous vivons ensembles, chacun à notre manière, dans l’espace et dans l’instant présents de ce même et unique réel, que nous pouvons nous rencontrer, échanger nos expériences et nous enrichir mutuellement. (Le temps d’un film par exemple)

Nous exprimons ce que nous ressentons du réel en fonction de notre univers intérieur (notre histoire, nos messages)… et l’autre exprime aussi son ressenti de la même manière. Nos consciences dialoguent et s’ajustent au réel et aux autres, par ce moyen, en racontant nos façons d’appréhender la vie.

Lorsque nous échangeons nos points de vues sur le temps qu’il fait par exemple, nous utilisons en fait notre perception du réel, pour nous synchroniser les uns aux autres. Peut-être que nous avons consulté la météo sur notre smartphone ou dans le journal et peut importe le temps qu’il fait finalement… Nous faisons référence à un espace commun qui est une réalité sensible, pour nous synchroniser un instant avec nos proches et exister les uns pour les autres. Si le temps se gâte vraiment, cela peut devenir vital…

Sur les réseaux sociaux, c’est la même chose. Nous avons besoins de nous synchroniser ensembles autour de réalités vécues et partagées.

Dans la vraie vie, l’interaction entre les histoires, le réel et les autres est continuelle. Les intentions et les conscience individuelles se confrontent et se stimulent sans cesse. Les histoires que nous nous racontons les uns aux autres, sont finalement le moyen d’avancer et d’agir ensemble, dans la vraie vie. A condition de ne pas confondre message et réalité, histoire et vraie vie…

Le film de propagande ?

Certains documentaires diffusés sur nos télévisions à des heures de grandes écoute ne sont pas honnêtes avec le réel et ne sont pas de vrais films. Ils se construisent en général sur un commentaire “journalistique” appuyé de preuves : des phrases, des cas, des personnes piégées, des textes, des images, toujours sorties de leur contexte, qui viennent illustrer un propos idéologique englobant et réducteur. En fait l’idéologie a remplacé l’intention… on va chercher des faits, rien que des faits… mais pour raconter une histoire qui règle des comptes en imposant un point de vue, sans respect des réalités et des personnes.

L’idéologie ou l’écran, tend à se substituer au réel, voir à le nier (relativisme) mais pour marginaliser les personnes et manipuler.

Il existe en France des mécanismes de soutient à la création, gérés par le Centre National de la Cinématographie (CNC) et les régions, dont la mission consiste a préserver l’indépendance créative des auteurs. En réalité cette indépendance est très relative car les contraintes administratives formatent les projets, sélectionnent les projets et ferment les accès aux aides en fonction de critères purement économiques qui ne servent pas directement les films, mais l’industrie du cinéma. Au final, celui qui finance impose son point de vue. Les lobbies trouvent ainsi dans le genre documentaire, une arme très efficace pour détruire leurs adversaires et propager leurs recettes.

Mais il existe aussi une production vraiment indépendante et de vrais films d’auteurs engagés…

L’intention de l’auteur est influencée par :

  • La vision et la motivation personnelle de l’auteur
  • La rencontre du réel
  • L’attente et l’état d’esprit du public
  • Les motivations du producteur
  • Les motivations des financeurs
  • Les motivations du canal de diffusion
  • Les directives des mécanismes de soutient

L’indépendance de l’auteur est donc toute relative, particulièrement dans le genre documentaire, malléable jusqu’au moment de sa diffusion.

Quoi conclure ?

Moins il y a d’interférences dans la rencontre entre l’auteur, le réel et le public, plus l’intention sera “libre” et pourra être travaillée, et plus le film sera bon et utile. Dans cette démarche l’auteur n’est pas seul.

Pour trouver et raconter une belle histoire captivante, à partir du réel pas toujours très “visible”, il faut commencer par travailler l’intention : La motivation, le pourquoi, l’objectif et la manière d’aller à la rencontre du réel et du public. C’est d’autant plus important pour un film documentaire en préparation, que ce réel est pour une grande part, inconnu et imprévisible. Il faudra s’y adapter tout en gardant un cap, éviter de s’éparpiller ou risquer l’impasse. L’intention va guider tous les choix : les lieux, les rencontres, les actions, la gestion du temps… ainsi l’histoire tiendra la route. Le scénario visible va émerger de cette manière, progressivement, de lui-même, dans la rencontre du réel, des vraies personnes et de la vraie vie.

Dans cette démarche propre au film documentaire, l’auteur n’est pas seul, toute l’équipe va le conforter et l’accompagner pour qu’il aille chercher l’histoire au fond de ses tripes et aille vraiment à la rencontre des gens et de la vie.

L’inattendu se prépare et on s’y prépare…

Si vous revenez à la présentation du projet L’INATTENDU, vous aller trouver ces deux ingrédients: l’intention très conséquente et le scénario à l’état d’ébauche.

Le film est ainsi sur les bons rails et pourra difficilement être détourné de son objectif.

Le public ne voit pas toujours le travail de l’intention derrière une histoire. En suivant le projet L’INATTENDU, vous allez être surpris de découvrir une manière de raconter le réel qui n’enferme pas. Vous allez apprendre à décoder les films et acquérir des outils d’autodéfense intellectuelle, mais ne vous inquiétez pas, cela n’empêche pas d’être embarqué dans une belle histoire, au contraire… Vous vous sentirez plus libre et peut-être aurez-vous envie de créer à votre tour en racontant votre rencontre du réel.

Bernard Simon

Pouvez-vous partager dans les commentaires ci-dessous, un histoire tirés de votre expérience, provoquée par la rencontre entre votre intention et le réel.

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