RETOUR EN ETHIOPIE

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Sauvés de la guerre et de la famine par l’adoption il y a 15 ans, Marie-Sélamé, Thomas, Florence, Nebberu… ont osé ensemble ce premier retour en Ethiopie, leur pays d’origine. Ils nous font partager les étapes joyeuses ou douloureuses de ce voyage initiatique. La plupart des enfants issus de l’adoption internationale perdent très vite le souvenir des premières années. Ils sont nés à une nouvelle vie le jour de leur adoption. Pourtant tôt ou tard la question de l’origine surgit du plus profond d’eux-même, incontournable.

Un film de 60 minutes de Bernard Simon

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Description

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Adoption et origine…

On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour apprendre à marcher
Etre né quelque part
Etre né quelque part
Laissez-moi ce repère
Ou je perds la mémoire

Maxime Le Forestier

L’idée de départ

17 jeunes adoptés par des familles françaises ont souhaité connaitre leur pays d’origine : l’Ethiopie. Ce film accompagne leur premier retour après plus de 15 ans pour essayer de retrouver, dans une quête identitaire, les lieux et les personnes qui ont accompagné les premières années de leur vie.

Résumé

En 1990, Gilbert et Christine Bayon sont allés chercher en Ethiopie, Alem, qui est devenue leur fille, naissait ainsi une œuvre qui en 18 ans a permis l’adoption par des familles françaises de plus de 1200 enfants éthiopiens, orphelins ou abandonnés.

Parmi ces enfants devenus adultes, certains ont souhaité connaître le pays de leur naissance. 17 jeunes de 15 à 25 ans vont faire le saut ensemble, accompagnés par Alem qui a déjà vécu son « retour » en 2005.

« Que vais-je découvrir de moi-même ? » : Ils vont retrouver les lieux et les personnes, les traces d’une enfance douloureuse. Ils vont essayer de comprendre les choix que des adultes ont osés pour eux il y a plus de 15 ans et découvrir enfin cette Ethiopie dont le goût est resté enfoui au fond d’eux-mêmes.

L’intention

Cette histoire est née il y a 18 ans de la guerre et de la famine en Ethiopie sous le régime de Mengistu : Un enfant orphelin puis d’autres, sauvés par l’adoption de familles françaises. Une œuvre qui a muri au fil des années, s’adaptant aux besoins réels des enfants, l’adoption n’étant pas une fin en soi. Un réseau d’amitiés franco-éthiopiennes, avec une reconnaissance officielle par l’Etat Ethiopien actuel et par la quasi-totalité des départements français. Ces enfants ont grandit…

Lorsque Gilbert Bayon m’a fait part de son projet d’accompagner en Ethiopie 17 jeunes adoptés par son intermédiaire, j’ai pensé que cette démarche serait humainement très forte et je lui ai demandé s’il accepterait que je les accompagne pour faire un film. Il fallait que les jeunes soient d’accord… Lors d’un week end de préparation du voyage, je leur expliquais que mon intention n’était pas d’interférer dans le voyage de leur vie ni d’utiliser des moments forcements très intenses, mais simplement de les accompagner, que mon film serait leur film, qu’il resterait pour eux une trace…

Je leur expliquais surtout mon souhait de comprendre avec eux ce voyage bien particulier qui serait certainement aussi un voyage intérieur essentiel. Les jeunes étaient d’accord.

Je suis donc parti avec eux un mois en Ethiopie sans avoir eu le temps de réunir les conditions normales d’une production de film. La décision de ce voyage n’a pas été simple pour moi. C’était un risque à prendre mais il en valait la peine

Ce voyage a eu lieu, chargé d’émotions, d’événements aussi intenses qu’imprévus… Mais le tournage du voyage qui m’intéresse est loin d’être achevé. Chacun est retourné dans sa vie française… Je dois retrouver plusieurs jeunes pour comprendre avec eux et avec le recul, ce qu’ils ont vécu.

L’adoption internationale ?

En France, 8 adoptions sur 10 concernent des enfants originaires d’autres pays. En 1980, ils étaient 935, en 2005 ils étaient 4 136 et provenaient de 67 pays différents. Au départ il y a le désir d’enfant et souvent la stérilité du couple, puis une procédure souvent laborieuse, finalement une histoire familiale et personnelle qui n’est jamais simple : L’enfant portera toute sa vie l’adoption en lui. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’expérience montre que ce n’est pas l’origine, la couleur et la langue qui déterminent les chances d’intégration mais la capacité d’accueil des parents et ce que l’enfant a vécu avant.

Mon vécu familial.

J’avais 10 ans, lorsque mes parents nous ont fait part de leur projet d’accueillir deux enfants du Vietnam, orphelins de mère, confiés par leur père en pleine guerre à un missionnaire français, Mgr Paul Seitz. Ils sont devenus mon frère et ma sœur et leur arrivée dans notre famille est sans doute le plus beau souvenir de mon enfance. J’ai toujours admiré leur courage et leur capacité d’adaptation. Ils n’avaient pas choisis de quitter leur famille et leur pays, au début ce n’était que provisoire le temps de la scolarité, le retour n’a pas été possible à cause de la guerre et les souvenirs de leur enfance vietnamienne se sont estompés petit à petit. Il y a quelques années, leur père qui avait échappé plusieurs fois à la mort est apparu. Réfugié aux Etats-Unis, il les a retrouvé juste avant de mourir, épuisé… Pour mon frère et ma sœur ces retrouvailles puis ce deuil ont été des moments essentiels de leur vie.

Le besoin de savoir ?

Certes on ne possède pas ses enfants, on les accompagne du mieux que l’on peut… on ne choisit pas ses parents non plus… mais l’enfant adopté, sur le chemin de l’autonomie, ne peut s’accrocher au lien indestructible de la filiation biologique. Il va sans cesse chercher à vérifier la solidité du lien filial avec son père et sa mère adoptifs. Inévitablement, un jour il voudra savoir.

Pour chacun, la question du début de sa vie et des circonstances de son adoption semble incontournable : « pourquoi je ne connais pas ceux qui m’ont donné la vie ? Sont-ils morts ? M’ont-ils abandonné ? D’où je viens…» Sans réponses, le jeune se sent désarmé devant la vie qu’il doit construire à son tour, partagé entre deux identités, incapable de faire le deuil de cette enfance oubliée.

La découverte des débuts aurait la faculté de dénouer, d’éclairer, de libérer ? Va-t-elle tout changer ? Et s’il n’est pas possible de savoir ? La confrontation avec l’histoire vraie ne va-t-elle pas poser encore plus de problèmes et de questions ? Le retour vers les origines va-t-il fragiliser la filiation adoptive ? Va-t-il déstabiliser le jeune dans ses repères au printemps de sa vie d’adulte ?

Il se trouve que parmi les jeunes du « retour en Ethiopie », plusieurs vont retrouver une mère biologique. Au-delà de ces circonstances particulières, chacun a ressenti le besoin de confronter ses souvenirs et ses rêves d’enfant avec le réel. Ils se sont préparés et se sont senti prêt à le vivre ensemble.

Le voyage vers ses origines ?

Gilbert Bayon n’en est pas à son premier aller-retour sur l’Ethiopie depuis qu’il est allé chercher sa fille Alem. Avec Christine son épouse, ils sont liés désormais à ce pays où vit l’une de leur fille biologique mariée à un éthiopien. Cependant la question du premier retour ne s’est posée que récemment. Elle n’est pas venue des Bayons ni des familles adoptives mais des jeunes eux mêmes. Interpellés par cette aspiration légitime, les Bayons ont organisé un premier voyage en 2005 longuement préparé. Le résultat a dépassé les attentes…

Cette démarche du premier retour dans le pays d’origine intervient après 18 années d’expérience de l’adoption internationale. En France, aujourd’hui, beaucoup d’enfants adoptés sont devenus adultes et peuvent se sentir concernés par cette démarche. Elle pose une question essentielle comme le remarquait Marie-Pierre Labrosse, psychologue, au retour du voyage de 2005 : « Comment un voyage vers ses origines change notre présent et notre avenir ? Quoi de plus important que ces moments où un jeune se pose la question du sens de sa vie : d’où je viens, qui je suis, qu’est-ce que je veux devenir ? Dans ces moments, l’ouverture concrète aux autres, à d’autres peuples et cultures, vient l’éclairer sur lui-même et le rend capable de construire un monde plus humain. Pour le jeune Français issus de l’adoption internationale, ces questions se posent d’une manière bien particulière. »

Serions-nous tous plus ou moins concernés ?

« Je veux savoir d’où vient mon nez… » « je veux savoir qui je suis, d’où je viens, pour choisir et construire ma vie »…

Ce « voyage initiatique vers ses origines » peut nous interpeller dans nos histoires personnelles bien que nous ne soyons pas forcément concernés par l’adoption internationale.

Nous n’avons pas choisi nos parents, notre pays, la couleur de notre peau, la forme de notre visage… nous devons vivre avec et décider chaque matin, en nous regardant dans la glace, de créer un jour nouveau. Nous n’avons pas choisi notre enfance, elle nous a fait pourtant. Notre vie se construit alors dans un mélange de choix et d’acceptations, de ruptures et de retrouvailles. Le bonheur semblerait plutôt du côté des choix : ceux qui m’ont choisi et qui m’aiment, ceux que j’ai choisis d’aimer, mes choix de vie… Mais qu’advient-il lorsque mes choix ne tiennent pas compte de mes capacités et mes limites, de ce que j’ai reçu sans le choisir… Au point de départ il y a une sorte de « cadeau » gratuit que je n’ai pas choisi qui est… moi capable de choisir… Ensuite il y a ce que je construis par mes choix : la « réussite » de ma vie… Le désir d’avoir des enfants participe de ce même mouvement : nous nous réalisons aussi en choisissant de donner la vie, cette vie que nous avons reçue sans la choisir.

Je suis interpellé par la profondeur des questions existentielles que ces ados ou jeunes peuvent se poser, que nous nous sommes tous posées et qui n’ont pas toujours trouvé de réponses.

Traitement

Les points forts qui caractérisent  cette expérience : Ce premier retour est à la fois la démarche solidaire d’un groupe et le voyage intérieur et très personnel de chacun. Chaque jeune a une histoire particulière et pourtant ils partagent une expérience commune : avant, pendant et après cette confrontation avec la réalité méconnue du début de leur existence.

Mon choix est de me placer du côté des jeunes et d’essayer de m’approprier leur démarche. Le film sera donc l’histoire du groupe qui se raconte au fur et à mesure et les confidences très personnelles de chacun. La démarche du groupe porte le voyage intérieur de chacun. On est soit avec le groupe, soit dans l’esprit du jeune. Ces deux niveaux seront bien distincts : Il y aura des séquences « in » (pendant) qui font vivre l’événement sans analyse et les séquences « off » qui nous situent dans le ressenti, avec la confidence qui anticipe (avant), ou qui lit l’événement vécu (après). Le « in » et le « off » se succèderont sans se chevaucher de manière à ne pas tomber dans le récit illustré. Les confidences ne seront jamais très éloignées de l’événement, elles reviennent sur ce qui vient d’être vécu ou elles préparent ce qui va être vécu. Des séquences « filmiques » portées par la musique permettent de passer du « in » au « off » (on est dans le ressenti : la relecture ou l’imaginaire). Avec la confidence, le visage du jeune est à l’image la plus part du temps, on prend le temps de l’écouter et on lit sur son visage. Il y a des silences, des « trous » qui ont tout leur sens.

Il y a les préparatifs du voyage, l’arrivée en Ethiopie, la découverte du pays, la confrontation des souvenirs, la rencontre des personnes et des lieux… Dans cette chronologie vécue par le groupe va se situer celle des voyages intérieurs avec comme moment clé la confrontation avec le réel de l’histoire d’avant l’adoption. Chaque jeune aura son avant, pendant et après cette confrontation, vécue différemment à des moments différents du film. Nous progressons au fil du cheminement de nos personnages étape par étape. Ainsi ce « Retour en Ethiopie » est un véritable voyage rythmé par les découvertes et les prises de consciences de chacun.

Il faut saisir ses instants essentiels : les interrogations, les appréhensions, le souvenir enfoui qui refait surface, le choc de la différence, la découverte des lieux et des personnes, les moments de fête ou de solitude, la beauté d’un pays et des gens, la culture éthiopienne.

Le film ne va pas se contenter d’observer les jeunes. Pour qu’il soit réussi, il est indispensable que les jeunes se l’approprient un peu comme un miroir. Le film sera leur parole et leur regard. Il se situera à l’intérieur de leur démarche. Ils passent beaucoup de temps à se prendre en photos les uns les autres, à se filmer puis à se regarder et à dire leur ressenti. Le film leur ressemblera et sera quelque part la mémoire qu’ils garderont du voyage de leur vie.

Il est indispensable que je puisse échanger avec chacun, seul devant la caméra, avant, pendant et après la « confrontation ». Sans forcer la parole.

Il y a beaucoup de personnages. Chaque histoire pourrait faire un film… Mon choix consiste à rester dans la démarche du groupe pour dégager une expérience commune enrichie du ressenti de chacun. Je choisis de ne pas trop fouiller les histoires personnelles par respect. Le spectateur acceptera cet état d’esprit posé dès le début du film, il pourra aisément imaginer et comprendre en s’attachant plus particulièrement à tel ou tel personnage.

Cependant quelques personnages vont naturellement « émerger » :

 Gilbert : Le « père » qui a permis l’adoption de tous ces jeunes et qui veut leur faire ce cadeau de boucler la boucle avec ce pays qu’il aime : l’Ethiopie. Il a lui-même vécu une enfance difficile, abandonné par ses parents. Il sait parler aux jeunes, à la fois, père, éducateur, psychologue et enquêteur. C’est un personnage central du film qui ne se met jamais en avant.

Alem : 23 ans, Fille adoptive de Gilbert, elle à déjà vécu son premier retour en Ethiopie et fait petit à petit le deuil de son enfance méconnue. Elle aime l’Ethiopie et accompagne les jeunes comme une grande sœur. Son regard sur le cheminement du groupe est pertinent. Elle nous fait comprendre que ce premier retour n’est qu’une étape dans un long cheminement que chacun (elle comprise) vit à son rythme.

Marie-Sélamé : 16 ans (elle apprendra qu’elle a 18 ans en réalité), accompagnée par Pascal, son père adoptif, elle va retrouver sa mère biologique et ses sœurs. Plus indépendante par rapport au groupe, elle ne dit pas ce qu’elle ressent mais laisse Pascal adopter toute sa famille biologique… et raconter… Le regard de Pascal est très éclairant, ainsi que celui de son épouse présente au début du film (qui ne se sentait pas prête pour ce voyage).

Thomas : personnage qui ne veut pas se laisser saisir mais très « lisible », à la fois généreux et rebelle, en pleine quête identitaire, son histoire éthiopienne est douloureuse, il en à peur. Il va retrouver la personne qui l’a confié à l’adoption et comprendre petit à petit pourquoi il a mal. Il s’accroche au groupe et en particulier à son ami Hermias du même âge, avec qui il enchaine les clowneries.

Zéritu : 19 ans, elle a complètement oublié son enfance éthiopienne, discrète et attachante, elle vie très profondément cette démarche. Gilbert va traverser le pays avec elle pour retrouver perdue dans les montagnes la femme qui avait recueillie Zéritu au décès de ses parents et qui racontera.

Sélamawith : 20 ans, très énergique, elle sait qu’elle a une mère éthiopienne et ne l’a jamais dit à ses parents adoptifs, elle va chercher de toutes ses forces et la retrouvera à la fin du séjour. Ses souvenirs de l’Ethiopie sont encore présents, elle a subit l’adoption mais prend conscience petit à petit de sa chance. Ce voyage est vécu avec difficulté et courage, elle s’accroche car elle a pleine conscience de l’enjeu.

Clémence : 17 ans, elle vit à 100 à l’heure, toujours devant, rien ne lui fait peur. Elle découvrira qu’elle est la fille illégitime d’un roi éthiopien et va découvrir sa demi-sœur orpheline plus jeune qu’elle. Les parents adoptifs qui la rejoignent à la fin du séjour, adoptent sur le coup l’Ethiopie, cette histoire et la petite sœur…

Florence : 18 ans, elle a été adoptée à 6 ans et se rappelle une enfance éthiopienne heureuse, jusqu’à la maladie de son père qui les a plongé dans la misère. Elle sait pourquoi elle a été adoptée mais ne sait pas qu’elle va retrouver une mère, un frère et une sœur. Ses parents adoptifs vont l’apprendre au court du séjour et la rejoindre. Comment va-t-elle se situer entre ses deux familles ?

Synopsis

(écrit avant le montage du film…)

Ce Synopsis suit surtout les principaux événements « in » qui vont marquer le voyage. Le « off » ou la conscience de ce qui a été vécu prendra sa place naturellement tout au long du film.

Introduction.

Quelques personnages du film vont se présenter brièvement, et expliquer le pourquoi et la motivation de la démarche.

Gilbert : « En 1990, à la suite d’un accident de cheval, mon épouse ne pouvait plus avoir d’enfant. Nous avons adopté Alem que je suis allé chercher en Ethiopie. Il y avait d’autres enfants orphelins… ainsi est née une œuvre d’adoption qui concerne maintenant 1200 enfants. »

Alem : « Pour moi l’Ethiopie ne s’est jamais éloignée à cause de l’œuvre d’adoption de mes parents. A 18 ans, j’ai voulu accompagner mon père lors d’un de ses voyages, pour en savoir plus sur mon histoire. Cela a été dur mais vital. D’autres jeunes adoptés ont voulu vivre cette démarche. »

Sélamawith : « Alem m’a raconté son expérience. Peut-être à cause des difficultés que je vis avec ma famille adoptive, j’ai voulu retrouver mon pays d’origine mais je ne voulais pas partir seule. »

Thomas : « Je commençais à faire vraiment souffrir mes parents, ils en avaient mare et moi aussi. Les amis partaient en Ethiopie, je me suis dit, Pourquoi pas ? »

Zéritu : « Je n’avais aucuns souvenirs éthiopiens, seulement des cauchemars… Je voulais pouvoir répondre à cette question de l’origine qui revient tout le temps. »

Marie-Sélamé : « Depuis toujours, je rêve de retourner en Ethiopie. Pour confronter la réalité à mes souvenirs. Un jour Gilbert est venu voir mes parents pour parler du voyage. »

L’histoire d’avant l’adoption.

Nous sommes au mois de juin, Gilbert Bayon rend visite à la famille Mayard qui a adopté par son intermédiaire il y a 15 ans Marie Sélamé et son petit frère … Ils habitent une petite maison de campagne, perdue au milieu des champs. « Lorsque nous avons appris de Marie Sélamé qu’ils n’étaient pas orphelins, çà a été pour nous un choc. » Explique Madame Mayard. « Je me mettais à la place de cette mère obligée d’abandonner ses enfants pour qu’ils vivent… il m’a fallut accepter… Nous savions qu’un jour il faudrait qu’elle la retrouve. Mon mari va accompagner Marie-Sélamé avec Gilbert et tout le groupe. Moi je ne peux pas encore. »

Marie Sélamé ne parle pas de sa mère Ethiopienne, sa famille est bien ici. Pourtant depuis longtemps elle attend ce moment, elle évoque de vagues souvenirs, elle se sent prête. Une dernière promenade familiale au milieu des champs. Rien ne sera plus comme avant.

Gilbert explique les débuts : « nous étions quelques familles françaises avec un désir d’adoption, nous avons répondu à un appel au secours d’une communauté religieuse au moment ou l’Ethiopie était frappée très durement par la guerre et la famine. Il fallait trouver d’autres familles pour accueillir des enfants orphelins qui avaient entre 4 et 8 ans, donc moins facilement adoptables que les nouveaux nés. Ainsi est née cette œuvre d’adoption qui est en fait une initiative éthiopienne. Parmi les premiers enfants, certains n’étaient pas orphelins comme Marie-Sélamé, mais nous ne le savions pas. Ils ont étés donnés à l’adoption par leurs propres parents dans un contexte d’extrême misère. Ces choix d’adultes ne sont pas faciles à vivre pour l’enfant, surtout au moment de l’adolescence et nous devions répondre à leur désir légitime de comprendre. »

L’attente, la peur et l’impatience.

Juillet, ils sont 17, Gilbert leur a donné rendez-vous à Montligeon pour les derniers préparatifs. Chacun est venu avec des médicaments, du matériel scolaire… qu’il faut répartir dans les sacs pour ne pas inquiéter les douaniers Ethiopiens. Alem la fille de Gilbert leur explique les objectifs du séjour : « …découvrir l’Ethiopie et rechercher les lieux et les familles. Il y aura des surprises, peut-être des déceptions, c’est le voyage de leur vie… » un retour pour boucler la boucle de l’adoption ? Un nouveau départ ? Alem parle en connaissance de cause, elle a fait son retour il y a deux ans et n’a retrouvé personne. Elle n’a pas pu vérifier tous ses souvenirs d’enfant mais vibre de plus en plus avec ce pays et cette culture qui est redevenue sienne. Déjà le groupe se sent solidaire d’une même attente impatiente…

Cà y est, c’est le départ ! Dans le bus les regards et les esprits sont déjà partis… les paysages défilent… Paris… aéroport…

Zéritu qui vient d’auvergne explique qu’elle ne se souvient de rien et qu’elle n’attend rien : « je préfère me laisser surprendre, je ne veux pas être déçue ». Thomas de Bretagne, a du mal à cacher son malaise derrière l’apparence de petit caïd qu’il se donne. « C’est notre pays d’origine, c’est normal qu’on y retourne un jour ». Selamawith de Normandie, sait qu’elle a laissé une mère en Ethiopie. Est-elle encore vivante ? L’enquête concernant sa famille n’a pas aboutie. Amaru la plus âgée du groupe se rappelle bien, elle avait 10 ans, elle ne pouvait plus repousser ce premier retour : « j’ai pleins de choses à régler avec moi-même ». Clémence la plus jeune : « Je ne me souviens de rien, Gilbert dit qu’il a peut-être une piste… j’ai peur d’être déçue »

Aéroport d’Addis Abeba, la peur ou l’impatience fait place à l’excitation. Pesée et comptage des sacs, il en manque… premières tracasseries douanière, premières explications en anglais aux éthiopiens intrigués par le groupe. Finalement tout le monde s’entasse dans un minibus sous des trombes d’eau et l’Ethiopie rêvée se découvre à travers les rues encombrées de la capitale, grise et voilée derrière la buée des vitres. Déchargement des sacs et accueil chez les Pères Lazaristes d’Addis Abeba, premier repas éthiopien, avec la main, personne ne semble surpris.

Premières retrouvailles.

Le lendemain matin, la totalité du groupe s’engouffre à nouveau dans le minibus, cette fois il ne pleut pas et la traversée d’Addis est une découverte. La route devient tout d’un coup étroite et chaotique. Nous arrivons dans les quartiers bidonville ou habite la famille de Marie Sélamée. La maman a été prévenue et les retrouvailles ont lieu à la descente du bus. Après les étreintes émouvantes et les pleurs de joie, la famille éthiopienne, Marie Sélamée et Pascal son père adoptif disparaissent derrière la clôture de tôles ondulées de la cour familiale. Le reste du groupe petit à petit se disperse par petits groupes dans le quartier. Gabriel est resté là au pied du bus, il joue aux billes avec un enfant qui lui parle amharique, ils semblent se comprendre. Dans la petite maison de tôles de la maman de Marie Sélamé, ils se comprennent aussi par les regards les gestes, l’anglais de Pascal et les photos de Jean Gabriel le petit frère resté en France qui passent de mains en mains. Beaucoup de joie et d’interrogation dans les regards, Jonas de l’association éthiopienne  traduit tout ce qu’il peut, Gilbert prend des notes et des photos. Ensuite tout le groupe reprend la piste jusqu’à l’orphelinat d’où viennent plusieurs d’entre eux. Florence retrouve sa mère, sa sœur, son frère… Clémence, sa petite sœur… pleurs de joie, étreintes… ils ne se comprennent qu’à travers les regards, pas d’explications, seulement des noms, des âges et la découverte des liens de filiation. Gabriel est perdu, qui sont ses personnes qui l’assaillent par leurs étreintes et semblent le reconnaître ? Gilbert et Jonas, à l’écart, ont entamé les entretiens. Après ses retrouvailles d’une intensité émotionnelle rare, le moment est venu d’essayer de comprendre. Ce n’est pas un interrogatoire mais l’histoire des débuts qui se raconte. Et nous assistons en temps réel, à la reconstruction de la mémoire pour Florence, puis Clémence, puis Gabriel. Combien sont précieux ces instants. La difficulté de la langue semble servir cet essentiel, dans les questions de Gilbert, de chaque jeune et dans les réponses des familles qui dévoilent petit à petit l’enfance méconnue. La confrontation du réel avec les souvenirs enfouis n’est pas simple, les arbres généalogiques qui s’esquissent au fur et à mesure sur le petit carnet de Gilbert ne le sont pas non plus. Mais pour Florence, Clémence, Gabriel, tour à tour, ces instants sont infiniment précieux. Chaque mot, chaque regard, chaque sourire, chaque larme vaut son pesant d’or. Pour Gilbert une seule chose compte : ce jeune qu’est devenu l’enfant sauvé hier par l’adoption, doit être sauvé une deuxième fois. Comprendre la réalité des choix posés par des adultes peut guérir les blessures et vaincre en particulier cette peur d’avoir été abandonné. Il y a beaucoup de tendresse et de compassion perceptible dans les regards de la famille bouleversée, un mélange de joie, de culpabilité et de souffrance. La joie de retrouver l’enfant qu’ils ont donné pour qu’il vive et devienne, ailleurs. La culpabilité d’avoir choisit la survie en rompant le lien filial. Et la souffrance : cet enfant est revenu, différent, il ne comprend pas la langue, il ne leur appartient plus, ses moments privilégiés ne vont pas durer…

Immersion éthiopienne.

Pour Gilbert et Alem, il ne faut pas que ces retrouvailles trop chargées émotionnellement s’éternisent. Dès le lendemain le ballet des sacs reprend, chargés cette fois-ci sur le toit du bus qui amènera tout le groupe à Bonga, pour une semaine d’immersion éthiopienne. Bonga se trouve à une journée de routes chaotiques, au Sud ouest d’Addis après la ville de Jima. Là se trouve une mission lazariste que Gilbert connaît bien. Sur la route, l’Ethiopie se dévoile avec ses paysages magnifiques de vallées et de montagnes. Une première halte dans un bar-restaurant local donne le ton : notre groupe intrigue. Les gens sont peu habitués aux touristes et encore moins à rencontrer des éthiopiens habillés à l’européenne qui ne parlent ni l’anglais, ni l’Amharique. Première distribution de crayons aux enfants dans la rue, première choc, la misère est bien là, elle est partout, elle agresse…

« Les gens nous regardent comme des étrangers… ils nous fixent… on ne peut pas expliquer qui on est… »

Le bus emprunte une piste ravagée par les dernières pluies. Il faut descendre et continuer à pieds… pour découvrir finalement un véritable petit paradis perdu dans la végétation tropicale. L’arrivée à Bonga est un soulagement. L’accueil de la population est chaleureux. Après une énième cérémonie du café, chacun trouve une chambre à la mission. Dès le lendemain les jeux et les chants s’improvisent avec les enfants du village, ainsi qu’une partie de foot. L’objectif du deuxième jour est de mettre en place avec David et Hélène, le couple médecins du groupe, l’accueil et les soins pour les plus pauvres. Pour les jeunes c’est la première rencontre avec la misère et la première expérience d’essayer de la soulager. Ils avaient souhaités que ce voyage ait une dimension humanitaire, ils sont servit… Plusieurs jeunes ne supportent pas et décident plutôt de laver les enfants. Pour remettre leurs habits sales ? Les jeunes donnent leurs propres affaires et apprennent à faire la lessive.

Chacun se donne… l’Ethiopie est là brute et nue… Elle leur montre la chance qu’ils ont d’avoir échappé à la misère, mais aussi sa richesse d’âme, sa force, sa joie et son courage. Elle leur donne l’occasion d’évacuer la culpabilité d’avoir été sauvés par l’adoption en se laissant aimer comme une mère retrouvée et le leur rend.

Chacun dit comment il vit cette expérience. « On veut les aider, ils ont confiance en nous, mais en fait on ne résout pas vraiment leurs problèmes… on ne peut pas faire grand-chose… » Pour les jeunes par contre, la thérapie fonctionne à 100%… « J’ai compris la chance que j’avais ici de prendre une douche froide le matin quand les gens n’ont même pas l’eau courante, je ne verrai plus les choses comme avant, je ne sais pas si les copains en France comprendront, il faut le vivre… » Ils le vivent à fond.

Mais l’Ethiopie n’est pas que misère. Après deux jours de soins, une expédition est organisée à pied et à dos de mulets pour rejoindre un post avancé de la mission en pleines montagnes. Les jeunes se surpassent, Pascal a laissé partir sa fille, Gilbert à du mal à suivre (l’équipe de tournage aussi) on ne nait pas Ethiopien pour rien… Une nuit en montagne, la toilette à l’eau de pluie, le café et le maïs local, la visite d’un village…

Ce pays, ils le reconnaissent sans le connaitre, dans la beauté des paysages, des villages accrochés aux pentes, dans cette terre noire, rouge ou ocre, dans l’odeur des caféier en fleur, de la fumée qui traverse les toits de chaumes, dans les bruits de la forêt, le chant des oiseux, dans ses visages beaux et fiers croisés le long du chemin. Qui pourrait croire qu’ils n’ont jamais enfourché un mulet, ni parcouru de telles distances de chemins boueux et chaotiques, sans glisser, sans s’inquiéter de la pluie, du boire ou manger…

Enquête.

Thomas, Sélémawith et Sétritu n’ont pas vécu de retrouvailles, l’attente est difficile. L’enquête de Gilbert et Jonas suit son court. Retour à Addis ou sont arrivées quelques familles adoptives. Une femme a pris contact avec l’orphelinat au sujet de Thomas. La confrontation à lieu. Thomas ne veut pas craquer. Les souvenirs et l’histoire racontée ne se rejoignent pas complètement. Elle est sa sœur, sa tante ? Peu importe, ils se reconnaissent. Ils ont étés rejetés par la famille, ils avaient faim… Pour Sélémawith l’histoire est plus compliquée. Finalement avec Gilbert et Jonas, ils retrouvent la personne qui l’a confiée à l’adoption, il pleut. Cette femme qui habite entre quatre tôles leur raconte une histoire compliquée. Visiblement Gilbert et Jonas veulent préserver Sélamawith qui s’impatiente. Ce n’est pas la mère mais une tante qui s’était occupée d’elle. La mère est bien vivante et les retrouvailles ont lieu le lendemain en plein quartier populaire. Sélamawith veut savoir… il pleut toujours…

Pour Zéritu il faut monter une véritable expédition en 4×4 pour traverser cette belle région du Wollo plus au Nord. Gilbert se donne 4 jours et y croit, il y a quelques éléments dans le dossier de Zéritu, le nom d’un village et d’une femme… Le 4×4 va crever plusieurs fois en traversant ces régions montagneuses aux paysages plus arides mais magnifiques. Sur la route droite des plateaux argileux, il faut slalomer entre les troupeaux de bœufs, se glisser parfois entre des chameaux puis grimper d’avantage, jusqu’aux cols et atterrir dans ces petits villages de montagne ou le café chaud devient vraiment appréciable. Guidés par les renseignements des services sociaux, nous arrivons jusqu’au gros village ou habiterait la personne dont le nom figure dans le dossier de Zéritu. La personne n’habite pas ici mais à 5 heures de marche dans la montagne. Il est tard, pas de route… mais chaque village a son téléphone et le message est passé. Le lendemain Zéritu découvre sa tante et un cousin venus eux même à sa rencontre. Ils la reconnaissent, la femme est visiblement choqué de découvrir que Zéritu a tout oublié.  Elle lui raconte son histoire : « Pendant la famine, on a forcé les populations à se déplacer. Toute ta famille est morte du choléra, tu es la seule survivante. Je t’ai recueillie, mais je n’étais qu’une tante éloignée et les militaires ne voulaient pas que je te garde. On te cachait mais ils sont venus t’arracher pour te mettre dans un orphelinat. Jamais je ne pensais pouvoir te retrouver… Qu’est-ce que tu as fait de la croix que j’avais mise à ton coup ? » Jonas traduit et Zéritu très émue explique « Mes parents l’ont gardée, elle est en France… » Ainsi Zéritu comprend certains rêves et pourquoi si souvent elle a peur lorsque quelqu’un vient derrière elle. Elle sait maintenant que son père était prêtre orthodoxe et que jamais elle n’avait été abandonnée. Son cousin se rappelle très bien d’elle, ils jouaient ensemble lorsque les militaires l’ont trouvée.

Conclusion : Boucler la boucle ?

Le Papa adoptif suit Clémence qui galope sur les pavés grossiers d’un quartier populaire d’Addis, elle retrouve sa petite sœur et la présente à son père qui n’en revient pas, il va chercher sa femme puis tout le monde s’engouffre derrière les deux filles dans une petite cour entourée de tôles. Une famille est en train de manger et les invite à partager le repas. Les parents de Clémence n’osent refuser.

Plus tard Le père raconte avec enthousiasme sa journée à Gilbert en le remerciant très vivement d’avoir permis toutes ses rencontres. Il lui annonce qu’ils ont décidé d’adopter la petite sœur de clémence. Gilbert très ému les quitte pour rejoindre Davis et Hélène (les médecins) qui tiennent dans leurs bras deux petites jumelles de 6 mois, leurs filles, qui viennent d’obtenir leurs passeports pour la France, elles rentrent avec le groupe, il ne faut pas rater l’avion…

 

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